Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, lors du 5e Forum diplomatique d' Antalya, dans le sud-ouest de la Turquie, le 18 avril 2026 ( AFP / Fulya OZERKAN )
L'Iran a annoncé samedi reprendre "le strict contrôle" du détroit d'Ormuz en réaction au maintien du blocus américain des ports iraniens, revenant sur sa décision de la veille de rouvrir cette voie maritime stratégique.
Des Iraniennes se rassemblent à Téhéran, le 17 avril 2026 à Téhéran, en hommage aux femmes tuées pendant la guerre ( AFP / - )
Téhéran avait "accepté de bonne foi d'autoriser le passage d'un nombre limité de pétroliers et de navires commerciaux" mais les Américains, violant leur engagement, "continuent de se livrer à des actes de piraterie sous couvert du soi-disant blocus", a dénoncé le commandement des forces armées iraniennes.
"Les Américains ne peuvent imposer leur volonté de faire le siège de l'Iran", a insisté le vice-ministre des Affaires étrangères Saeed Khatibzadeh.
L'agence de sécurité maritime britannique UKMTO a ensuite révélé que des bateaux iraniens avaient ouvert le feu sur un pétrolier dans le détroit, sans faire a priori de blessés.
Dans le même temps, le guide suprême Mojtaba Khamenei, invisible depuis sa nomination, a prévenu dans un message écrit que la marine se tenait "prête à faire goûter à l'ennemi l'amertume de nouvelles défaites".
Ce durcissement intervient en plein ballet diplomatique pour essayer de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, au-delà du cessez-le-feu de deux semaines entré en vigueur le 8 avril entre Iran et Etats-Unis.
- 23 navires bloqués -
Pendant la brève réouverture du détroit, au moins huit pétroliers et méthaniers ont traversé le détroit tôt samedi, selon des données de la société de suivi maritime Kpler. Le site MarineTraffic montrait lui plus d'une dizaine de bâtiments y circulant, dont plusieurs pétroliers, certains semblant faire demi-tour.
Après l'annonce par Téhéran de la réouverture du détroit vendredi, Donald Trump avait affirmé que le blocus américain des ports iraniens demeurerait "totalement en vigueur" jusqu'à la fin des négociations.
Evolution du nombre de navires, notamment des tankers (pétroliers, méthaniers, etc.) passant par le détroit d'Ormuz chaque jour et ayant émis un signal via leur transpondeur, selon les données de Portwatch (FMI) ( AFP / Paz PIZARRO )
"Depuis le début du blocus, 23 navires ont obtempéré aux directives des forces américaines leur ordonnant de faire demi-tour et de retourner en Iran", a indiqué samedi sur X le commandement central américain dans un nouveau bilan.
L'annonce de la reprise du trafic dans le détroit avait donné un coup de fouet aux marchés financiers vendredi et provoqué un fort repli des cours du pétrole, alors qu'un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux y transitent habituellement.
- Trump "parle beaucoup" -
Vendredi, M. Trump a déclaré à l'AFP qu'un accord de paix était "très proche" et affirmé que l'Iran avait accepté de remettre son uranium enrichi, un point clé des négociations alors que les Etats-Unis et Israël accusent la République islamique de vouloir se doter de la bombe atomique - ce qu'elle dément.
Le président américain Donald Trump quitte la scène après un discours, le 17 avril 2026 à Phoenix en Arizona ( AFP / Jim WATSON )
Mais Téhéran a nié avoir accepté le transfert de ces stocks de matière fissile.
M. Trump "tweete et parle beaucoup. C'est parfois confus, contradictoire", a ironisé M. Khatibzadeh depuis le forum diplomatique d'Antalya (Turquie).
En coulisses, les tractations se poursuivent: le chef de l'armée et le Premier ministre du Pakistan, un des pays médiateurs, ont bouclé des visites diplomatiques, en Iran d'une part et en Arabie Saoudite, au Qatar et en Turquie d'autre part.
Le chef de la diplomatie égyptienne Badr Abdelatty, également présent à Antalya, a dit "travailler sans relâche" au côté du Pakistan pour un "accord final" espéré "dans les tout prochains jours".
Des pourparlers directs entre Iran et Etats-Unis, les premiers en personne à un tel niveau depuis la Révolution islamique de 1979, se sont tenus le 11 avril à Islamabad mais ont échoué.
Selon le vice-ministre des Affaires étrangères iranien samedi, aucune date n'a été fixée pour de nouvelles discussions.
Rare signe de retour à la normale, l'Iran a annoncé la réouverture partielle samedi de son espace aérien, fermé depuis l'offensive israélo-américaine contre son territoire le 28 février, ainsi que de plusieurs aéroports dont les deux les plus importants de Téhéran.
- "Pas en sécurité" -
Au Liban, l'autre front de la guerre, l'armée israélienne a annoncé avoir établi une "ligne jaune" de démarcation dans le sud du pays, comme à Gaza, et avoir frappé des suspects s'en approchant.
L'armée israélienne reste présente au Liban dans une bande de dix kilomètres de profondeur depuis la frontière, après le cessez-le-feu entré en vigueur vendredi avec le mouvement pro-iranien Hezbollah, et en attendant des discussions en vue d'un accord permanent entre le Liban et Israël, en état de guerre depuis 1948.
Depuis son déclenchement début mars, le conflit a fait côté libanais près de 2.300 morts et jeté sur les routes plus d'un million de personnes. Nombre de ces déplacés ont entrepris de regagner leurs foyers, dans le sud du pays ou la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah.
"La situation n'est toujours pas stable", explique Samah Hjoul, mère de quatre enfants, déplacée de la banlieue sud sous une tente sur le front de mer de Beyrouth, où elle préfère pour l'instant rester. "Nous ne nous sentons pas en sécurité, j'ai toujours peur qu'il se passe quelque chose la nuit sans que je ne puisse prendre mes enfants et m'enfuir avec eux".
Un garçon tient un drapeau libanais le 18 avril 2026 dans le sud du Liban, alors que de nombreux déplacés rentrent chez eux ( AFP / MAHMOUD ZAYYAT )
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a prévenu qu'Israël n'avait "pas encore fini" le travail pour obtenir le désarmement du Hezbollah.
Donald Trump, qui a arraché cette trêve de dix jours, a haussé le ton, signifiant à Israël qu'il avait désormais "interdiction" de bombarder le Liban.
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a par ailleurs annoncé samedi que des Casques bleus français avaient été attaqués et dit avoir ordonné une enquête.

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